La religion dans l'occident chrétien s'est passablement civilisée. Les fidèles assistent sagement aux services religieux organisés par des ecclésiastiques bien formés sur le plan intellectuel, capables d'énoncer des arguments faisant plutôt appel à la logique et à la raison. Mais il suffit de voyager un peu en Afrique ou dans les Caraïbes pour s'apercevoir que la religion populaire prend souvent des allures beaucoup plus exaltées, avec des phénomènes extatiques qui non seulement ne font pas peur, mais sont plutôt recherchées.
Les adeptes de ces courants religieux les perçoivent comme une forme d'évasion des dures réalités de ce monde : pauvreté endémique, maladies chroniques, mortalité infantile, violences conjugales... À l'époque de la rédaction du livre de Samuel, les phénomènes extatiques ne font pas peur. Ils font au contraire partie intégrante de la religion d'Israël. On considère que lorsque l'Esprit de Dieu descend sur une personne (on pourrait presque dire : s'empare d'une personne) cela doit se manifester par des phénomènes hors du commun. Le roi d'Israël n'échappe pas à cette règle, lui dont on considère qu'il est choisi par Dieu pour remplir cette charge, lui qui est consacré par une onction d'huile qui fait de lui une sorte d'offrande présentée à Dieu. Devenir une autre personne grâce à la présence de l'Esprit de Dieu, voilà un projet dans lequel s'inscrit aussi Jésus et tous les auteurs du Nouveau Testament.