De nos jours, les chefs politiques sont redevables de leur action devant leur électorat. Ils essaient de jouer sur la communication pour mettre en avant les réussites qui les avantagent et pour dissimuler les échecs, mais en dernier ressort, c'est l'électeur dans le secret de l'isoloir, qui choisit s'il veut garder cette personne à la tête de son pays ou s'il préfère en changer.
Rien de tel en Israël. Les spécialistes en communication les plus influents sont les prophètes qui se disent envoyés par Dieu pour délivrer un message de sa part. Le critère principal selon lequel un roi est jugé n'est pas la popularité des mesures qu'il a prise ou les victoires militaires qu'il a remportées, mais la façon dont il s'est conformé ou non aux commandements de Dieu. Saül s'est rendu coupable d'une faute grave. Alors qu'il n'avait pas sous la main un homme de Dieu pour accomplir les sacrifices, il s'est mis en tête de sacrifier tout seul, rompant ainsi ce que l'on pourrait appeler aujourd'hui la règle de la séparation des pouvoirs. Un roi ne peut pas s'arroger aussi les pouvoirs religieux, car sinon il ouvre la porte à toutes les dérives autoritaires. Pour bien faire comprendre au roi et au peuple qu'un tabou important vient d'être transgressé, Samuel annonce à Saül que son règne va se terminer et que ses descendants ne règneront pas après lui. La même vigilance que Samuel devrait nous animer aujourd'hui, lorsque nous voyons les responsables politiques chercher à maîtriser le pouvoir judiciaire ou les médias de masse. Il y a là une dérive dangereuse contre laquelle il convient de s'élever vigoureusement.