Verset du 07 Janvier 2010
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Éclairage
La religion d'Israël est exigeante : Dieu ne se voit pas, on ne le représente pas par des statues, il n'est pas enfermé dans un temple précis, il reste toujours imprévisible, il faut obéir à ses lois avant d'espérer recevoir quoi que ce soit de lui, on ne peut pas être tout à fait sûr qu'il va accorder sa bénédiction. Les divinités des peuples cananéens sont bien mieux domestiquées : on les représente par des statues que l'on peut même avoir chez soi pour leur rendre un culte, elles sont totalement prévisibles puisque leur "métier" est d'assurer la fécondité et la richesse à ceux qui les honorent. Pas étonnant dans ces conditions que tous, du plus petit au plus grand, préfèrent rendre un culte à ces déesses de l'amour et de la fécondité dont les formes généreuses dégagent un puissant érotisme, plutôt qu'au Dieu d'Abraham jugé un peu trop abstrait et lointain. Même à Jérusalem et dans ses environs, où pourtant le temple du Seigneur est établi, on voit des familles entières mobilisées autour du culte de "la Reine du ciel". Cette divinité féminine nommée Ishtar ou Astarté était la déesse de l'amour, celle que les Grecs ont plus tard assimilée à Aphrodite (Vénus).
Les enfants courent la campagne pour ramasser du bois, les pères allument le feu, les femmes préparent des gâteaux pour les offrir à Astarté. En décrivant cette mobilisation familiale, le prophète Jérémie veut souligner la gravité de la situation. Il ne s'agit pas d'un petit accroc dans le contrat moral passé avec le Seigneur, mais d'un reniement profond, d'un changement radical dans les valeurs symboliques sur lesquelles se construit l'existence. L'idéal moral élevé défendu par la foi au Dieu d'Israël, repose avant tout sur la notion de solidarité, d'appartenance à une communauté. La religion d'Astarté traduit plutôt une attitude égoïste où je recherche la richesse pour moi ou pour ma famille, et tant pis pour ce qui peut arriver aux autres. La pique acérée de Jérémie est que de telles pratiques font moins de tort au Seigneur lui-même qu'à ceux qui s'y adonnent : ils révèlent ainsi, à leur plus grande honte, la bassesse de leurs aspirations. Tout ceci résonne avec des débats très actuels sur les choix de société entre le libéralisme pur et dur ou la social-démocratie.
Dernière mise à jour le 06 Janvier 2010