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L'autre expérience

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La violence dans l'Ancien Testament

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Écrit par ZeAnim
le 05 Mars 2009
Introduction
Nous connaissons très bien les épisodes de violence de l’Ancien Testament. Certains d’entre eux, comme celui du fratricide de Caïn, du crime commis par David contre Urie, ou de l’oppression d’Israël par Pharaon, ne nous posent pas de problèmes de compréhension ; Dieu les condamne et intervient pour punir les coupables. A l’inverse, nous sommes plus que surpris par les violences qui sont commises pour obéir à Dieu. Ces épisodes posent un vrai problème. Ils impressionnent le lecteur chrétien qui se demande avec justesse : « Comment les accepter et les comprendre alors que l’Evangile dit que les artisans de paix seront appelés “fils de Dieu” (Mt 5,9) ? ».

Stefan Munteanu © @ ABF
> Dossier réalisé par Stéfan Munteanu, professeur de théologie biblique à l'Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge. 

La punition pour violation de la loi
Nombreux sont les épisodes où le coupable de l’idolâtrie est lapidé (Dt 17,2-5) ; ou bien celui qui profane le sabbat est condamné à mort (Ex 31,14) ; ou encore, l’étranger qui rentre dans le sanctuaire du Temple est tué (Nm 3,38). Ces punitions s’appliquent non seulement aux individus mais même aux groupes, comme nous le lisons dans le livre des Nombres lorsque la terre s’ouvre et engloutit tous ceux qui se sont révoltés contre Moïse (Nm 16,30) ; ou encore, dans le premier livre des Rois, lorsque le prophète Elie, sur le Mont Carmel, fait égorger au nom de Dieu les prophètes de Baal (1 Rois 18,40).

Bien que ces divers actes de violence nous semblent difficiles à imaginer et paraissent même inacceptables à nos yeux, nous pouvons très bien les expliquer et même les comprendre en les considérant comme des actions et coutumes typiques d’une époque et d’une religion données. L’Ancien Testament est un livre antique écrit par des hommes de l’antiquité, c’est un recueil destiné à des Sémites, un livre lié à une religion et à l’histoire particulière d’un peuple. Il est donc normal d’y trouver des épisodes de violence qui n’ont plus rien à voir avec ce que nous vivons aujourd’hui.

Cependant, nous savons que l’histoire d’Israël n’est pas seulement l’histoire d’un petit peuple de l’Orient ancien évoluant dans un monde qui n’est plus le nôtre. C’est une histoire sainte. Or cette histoire sainte est inévitablement féconde en enseignement pour nous aussi. Mais quels enseignements pouvons nous tirer de ces scènes de violence ?

Dans les exemples susmentionnés, le recours à la violence doit être vu en relation, avant tout, avec la conception que le peuple d’Israël avait de la sainteté de Dieu, et dans un second temps, avec la conception de la justice et de la façon de la maintenir parmi les hommes. Chaque transgression contre la sainteté de Dieu ou contre un commandement de sa Loi était passible d’une punition physique pouvant aller jusqu’à la mort. Dans ce contexte théologique, les épisodes de violence au nom de la Loi de Dieu contiennent une pédagogie encore valable à notre égard : sans avoir une idée de ce que la Bible appelle la « colère divine », nous risquons de ne plus comprendre que, comme dit saint Jean le Théologien, « le péché est l’iniquité » (1 Jn 3,4), un mal menaçant et destructeur.
Les récits de guerre
Ces récits présentent des actions militaires légitimées par l’autorité divine. Les exemples les plus connus, et en même temps les plus effrayants, nous les trouvons dans le livre de Josué. Au moment où le peuple d’Israël est entré dans la terre promise sous la direction de Josué, les villes conquises doivent être « vouées à l’interdit » au nom de Dieu, c’est-à-dire complètement détruites ; les habitants : hommes, femmes et enfants massacrés ; les animaux tués ; et tous les objets précieux consacrés à Dieu. C’était le cas de l’ancienne ville de Jéricho, la première conquête des Israélites. Selon l’ordre de Dieu, la ville et tout ce qu’elle contenait, à l’exception de Rahab et de sa maison, fut dédié à Dieu et détruit. Seuls l’or et l’argent furent déposés dans le sanctuaire de Dieu (Jos 6,20-25).

Ces actes de violence nous consternent encore plus que tous les autres, car c’est Dieu lui-même qui a demandé d’agir ainsi. Comment comprendre alors cela ? Pour donner un pays à son peuple, le Seigneur a-t-il vraiment demandé à Josué d’exterminer tous les habitants du pays devant lui ? Il semblerait que pour Dieu la fin justifie les moyens... Il faut reconnaître qu’une telle idée ne s’accorde pas avec la bonté infinie de Dieu.
Derrière ces textes qui exaltent la violence au nom du Dieu se cache un problème plus théologique qu’historique. Il est vrai que nous pouvons considérer ces massacres comme une réalité historique. Il y avait ce qu’on appelle aujourd’hui la « guerre sainte ». Comme beaucoup de peuples, Israël croyait que la victoire ne dépendait pas uniquement de sa force militaire mais aussi – et surtout – de l’assistance divine. Ses victoires étaient un don de Dieu et la conséquence a été pour Israël qu’il n’avait pas le droit de s’enrichir par la guerre. Tout le butin, et donc toutes les personnes, ne lui appartenaient pas ; les captifs devaient être sacrifiés à Dieu qui avait donné la victoire à son peuple. Ceci peut nous sembler étrange, mais si on regarde l’histoire, on constate que bien des guerres ont été et sont encore menées « pour la gloire de Dieu ».

Cependant, aux yeux des chrétiens chrétiens, les massacres et la guerre menée au nom de Dieu ne sont pas justifiables. L’action militaire de la conquête de Canaan se comprend mieux si nous acceptons de fixer la date de la rédaction du livre non pas à l’époque de Josué (1300 av. J.C.), mais à une date plus récente, autour de l’exil babylonien (587 av. J.C.). Le peuple d’Israël aurait composé ce livre pour souligner son passé glorieux, au moment où il avait perdu presque toute sa terre. Ainsi, l’auteur du livre voulait exorciser le présent à l’aide du passé, exprimant dans le même temps l’espoir que Dieu renouvellerait son geste et restituerait à son peuple la terre promise.

Divers indices historiques et rédactionnels semblent confirmer cette théorie. Par d’autres traditions très bien établies, nous savons que le retour à Canaan ne fut pas une guerre de conquête rapidement menée dans tout le pays. Le livre des Juges nous donne une version plus vraisemblable : les tribus venues du désert avec Moïse se seraient peu à peu infiltrées dans les régions montagneuses et peu habitées du Centre, et se seraient liées à d’autres, déjà fixées au nord et au sud. Ainsi, pendant des siècles, les Israélites ont cohabité avec les Cananéens. D’ailleurs, il fallut attendre plus de deux siècles après Josué pour que David fît tomber Jérusalem, restée une enclave cananéenne, et qu’il en fît sa capitale.
Conclusion
Comme nous le voyons par ces quelques exemples, la présence de la violence dans l’Ancien Testament pose de vrais difficultés de compréhension. Les textes portent la marque de leur temps et de leur culture. Une juste approche exige de se rappeler constamment que la Bible est à la fois Parole de Dieu et parole humaine. Son message est divin, spirituel et éternel, mais le cadre linguistique, culturel, historique et géographique dont il est issu, lui est humain.
Mis à jour le 03 Avril 2009
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