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ZeBible ZeEncyclo La Bible Les Psaumes Est-il facile de prier avec les Psaumes ?

Est-il facile de prier avec les Psaumes ?

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Écrit par ZeAnim
le 05 Mars 2009
Introduction
Stefan Munteanu © @ ABF
L’écart que nous trouvons parfois entre la théologie du psalmiste et l’enseignement du Christ peut provoquer de grands malentendus, empêcher la lecture suivie et même troubler celui qui prie. Cela s’explique notamment par le fait que le Psautier trouve son origine dans la vie de prière d’une communauté donnée et de ses individus ; plus exactement, dans la communauté d’Israël regroupée autour du Temple de Jérusalem, avec ses célébrations et ses fêtes, et dans la vie de chaque hébreu de l’époque, avec ses joies et ses épreuves. Cette composition d’expérience quotidienne de vie et de prière soulève parfois de grandes interrogations lorsque nous voulons « ruminer » les mots du psalmiste.

> Dossier réalisé par Stefan Munteanu, professeur à l'Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge. 
Les Psaumes dits de « supplication » ou de « lamentation »
Au niveau de leur composition, les psaumes de « lamentation » suivent le même schéma : celui qui souffre crie vers Dieu, Dieu intervient et dans sa grande miséricorde change la situation ; alors, une fois réhabilité, celui qui souffrait exalte son chant de louange et de remerciement vers Dieu.

Cependant, dans ce contexte de prière, il arrive très souvent que l’état de profonde souffrance soit exprimé à travers deux questions : « Jusqu’à quand Seigneur ? » et « Pourquoi Seigneur ? ». Même si  les psaumes sont considérés comme l’expression d’un dialogue intime avec Dieu, il faut reconnaître que cette façon de s’adresser à Dieu dans les moments de détresse, n’est pas très adaptée à la prière chrétienne. Pour beaucoup d’entre eux cela ressemblerait aujourd’hui plutôt à un blasphème qu’à une prière ! Alors, comment lire ces mots du psalmiste 
L'exemple du psaume 6
En effet, derrière ces questions se cache l’expression la plus forte de la confiance en Dieu qui a créé l’homme et qui est appelé à prendre soin de lui. C’est ainsi que le psalmiste épanche son cœur et interpelle Dieu par rapport à son malheur, à sa douleur ou à sa souffrance.

Cela se voit très bien, par exemple, dans le Psaume 6. Le cœur de la prière est formé d’un cri de douleur lancé vers Dieu et d’une question qui l’interroge avec passion : « Alors, Seigneur, jusqu’à quand ? » (Ps 6,4b). Ici, celui qui souffre se trouve dans un état très grave et il lui reste seulement à « passer les nuits épuisé en gémissements ». A bout de force, il se souvient de l’« amour fidèle » de Dieu. Bien qu’il n’ait rien fait pour mériter sa guérison, il sait que l’amour de Dieu n’a pas de limites. Alors, il s’aventure à demander avec confiance à Dieu de le pardonner, de l’aider dans sa maladie, de le libérer de ses ennemis et de le laisser vivre en communion avec Lui. Il ose non seulement demander : « Jusqu’à quand j’attendrais Seigneur dans cette situation ? », mais va même plus loin en insistant : « Reviens, Seigneur, délivre mon âme, sauve-moi, à cause de ta miséricorde ! » (Ps 6,5). Dieu intervient et change la situation : « Le Seigneur a exaucé ma supplication, le Seigneur a accueilli ma prière » (Ps 6,10). Ainsi, la prière du pécheur, fondée sur l’espérance dans la miséricorde et la fidélité de Dieu à l’Alliance faite avec son peuple, trouve sa réponse.

Comme ici, dans d’autres psaumes, les deux questions insolites : « Jusqu’à quand ? » et « Pourquoi Seigneur ? » ne doivent pas poser de difficultés pour prier. Au contraire, c’est la forme la plus accommodante pour exprimer le cri de douleur et de souffrance. Formules qui ont le rôle de rappeler la bonté et la miséricorde du Dieu Sauveur.
Les psaumes d’« imprécation » ou de « malédiction »
Cette prière adressée à Dieu devient souvent imprécation et demande la revanche contre les adversaires. Elle est alors un appel à la « colère de Dieu ».
Normalement, ces malédictions posent un problème à la conscience chrétienne. Elles sont difficiles à comprendre et ont du mal à être intégrées parmi les autres prières chrétiennes.

Comme ce n’est pas un discours facile à aborder, dans l’Eglise catholique, la réforme liturgique, avec une justification de type psychologique et pastorale, a considéré nécessaire de les omettre aux célébrations.
Dans l’Eglise orthodoxe, ces psaumes sont toujours lus et chantés, mais ils sont enchâssés dans une hymnographie abondante, de composition directement chrétienne. Cette hymnographie rejaillit sur la lecture des Psaumes et en facilite l’interprétation . Cependant, en dehors de ce cadre liturgique, seule la pratique d’une juste herméneutique peut nous aider à comprendre le sens et le pourquoi de ces imprécations.
L'exemple du psaume 137
Parmi les divers psaumes d’« imprécation », l’exemple le plus connu est peut-être le Psaume 137 ; sa partie finale est une malédiction imprécatoire qui exprime la « rage » du psalmiste envers ses ennemis : « Fille de Babylone, misérable, bienheureux qui te revaudra les maux que tu nous valus. Bienheureux celui qui saisira tes petits enfants, et les brisera contre la pierre » (Ps 137,7-9). Il s’agit ici d’une terrible malédiction ! Ces paroles sont pleines de colère. Pour qui a composé ce psaume, le massacre des Babyloniens est le signe indubitable et nécessaire de la défaite des vainqueurs, qui annonce le retour des exilés. Pas de libération pour Israël sans l’écrasement de Babylone.

Certes, aujourd’hui, la splendeur de Babylone est loin de nous, mais chaque fois que nous lisons ce psaume, nous pouvons nous poser la question : exprimons nous encore les voeux du psalmiste ? Plus exactement, demandons-nous encore à Dieu la destruction de la ville de Babylone avec tous ses habitants ? Nous pouvons considérer que le psalmiste demande que prenne fin pour toujours le mal dont Babylone est l’incarnation. Déjà, les Pères de l’Eglise parlaient des « enfants de Babylone » comme des « pensées venant du diable ». Cette interprétation allégorique nous permet d’exprimer dans notre prière la foi dans un Dieu qui intervient dans l’histoire, et nous demandons la victoire de Dieu dans le combat contre le mal.
Mis à jour le 30 Avril 2009
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