Vincent Pottier © ABF
Vincent Pottier est franciscain à la Chapelle des Buis dans le Doubs (25). Dans l’équipe à l’origine du projet ZeBible, il est à la pointe des nouvelles technologies et de l’animation de groupes de jeunes dans sa région. Il nous explique en quoi
le Cantique des créatures, poème rédigé par François d’Assise au début du 13
e siècle, porte un regard original sur l’écologie, via la Création.
Coucher-or © Christophe Pottier
Le Cantique des créatures est un superbe texte qui exprime la grande harmonie de la Création. J’insiste sur le mot « création », qui est différent du mot « nature ». La nature est ce qu’on peut étudier, notamment pour s’en protéger. La création, c’est l’environnement regardé avec les yeux de Dieu : « Et Dieu vit que cela était bon ». Création et Nature ne s’opposent pas : on peut être physicien et croyant !
Le poème de François introduit une nouveauté dans la façon de voir le monde et d’accueillir la parole de Dieu, le récit de création du livre de la Genèse. Cette façon d’interpréter le cosmos avec la culture du Moyen Âge n’est pas encore scientifique. Pourtant François mentionne les 4 éléments de la « physique » médiévale : la terre, l’eau, l’air et le feu. Mais il a la conviction que la Création est bonne et il appelle les éléments « frère », « sœur », comme ses compagnons de route : « loué sois-tu, mon seigneur pour notre sœur Eau…. ». Ça, c’est la grande nouveauté de François : frère soleil, sœur lune, frère vent. Plus écolo que les écolos.
François parle de tous ces éléments au présent continu, intemporel. Pour les Hommes apparaît le futur, et avec le futur, l’histoire, la liberté, la responsabilité… Comme si François, ou Dieu, attendait de nous que l’ont soit capable de pardonner, de se révéler en frères et sœurs… François fait écho à cet autre
passage biblique « La Création toute entière attend la révélation des Fils de Dieu ».
Ainsi, le Cantique des créatures n’est pas seulement un joli poème ; il est aussi très une profonde prière. Il traduit une justesse théologique surprenante pour un homme qui n’a pas le niveau CAP !
C’est en écoutant l’évangile que François (né à la fin du 12e siècle) change de vie. Ce fils de marchand, promis à une vie confortable, refuse son héritage pour suivre la parole de Jésus. Il vit donc l’Évangile et fait la découverte de la fraternité. « Lorsque le seigneur m’eut donné des frères », se plaisait-il à répéter. François n’a pas voulu créer un ordre. Ce sont ses frères, justement, qui ont suivi François, qui se sont appelés les Franciscains.
Aujourd’hui, nous fêtons notre 800e anniversaire. Et nous continuons d’innover en prenant en compte les réalités de notre environnement, dans les domaines de la communication, de la culture, de la réflexion sur l’économie…. Tout en restant fidèle aux enseignements de François d’Assise, en vivant en frères. Le 21 novembre, à Besançon, nous fêterons la création autour d’un temps de prière et de partage symbolique de nourriture, de semences pour le potager…
Nous ne sommes pas un modèle d’ « écolos » mangeant ‘bio’ ou circulant à vélo, nous vivons principalement de ce que l’on nous donne. Mais nous participons à l’association de réinsertion « les jardins de Cocagne », qui font de l’agriculture biologique, en prenant nos paniers !
Nous sommes arrivés à une phase critique de l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui, le rôle du chrétien, c’est de se protéger d’elle (car elle est aveugle !) tout en la protégeant : aménager la nature comme un jardin. Le chrétien doit utiliser tous les moyens mis à sa disposition (que ce soit par un biais politique, économique, scientifique ou technologique) pour rendre la création plus belle. Pas d’angélisme donc, mais de l’évangélisme !