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L'autre expérience

ZeBible ZeMag ZeDossiers La Bible, patrimoine de l'humanité Vivre la Bible aux pays de la Bible
Vivre la Bible aux pays de la Bible PDF Imprimer E-mail
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Vendredi, 19 Février 2010 09:29
Témoignages
Témoignages © ABF
L’Alliance biblique universelle fédère un réseau de 145 Sociétés bibliques nationales, dont l’activité consiste à traduire et diffuser la Bible dans les diverses langues du pays. De la Russie à l’Indonésie, du Brésil à l’Egypte en passant par le Congo ou l’Inde, ces sociétés bibliques au service de toutes les communautés humaines sont au cœur des enjeux et des tensions politiques, culturels, économiques qui font l’actualité du monde. u’en est-il dans les pays qui ont vu naître la Bible ? L’action des Sociétés bibliques contribue-t-elle à attiser, ou au contraire apaiser les tensions entre les trois religions du livre ? Lors de la semaine d’inauguration à l’Unesco, du 8 au 12 février, les trois directeurs des Sociétés bibliques de la Turquie et d’Israël-Palestine ont témoigné de leur mission en expliquant le contexte de chacun de leur pays.
Tamar Karasu, Société biblique turque
« En Turquie, l’Etat délivre une éducation sunnite dans les écoles publiques. Il détient le contrôle sur l’Église orthodoxe, qui a deux patriarcats : arménienne et grecque. Leur identité Turque est obligatoire. D’ailleurs, la religion est inscrite sur la carte d’identité. Sur 73 millions d’habitants, moins de 100 000 sont chrétiens. Il y a 270 églises, 1220 hôpitaux, 67 000 écoles… Et 85 000 mosquées ! Les musulmans turcs sont plus pratiquants qu’en Iran par exemple, pays comparable à la Turquie en terme de démographie (20 millions font leur prière du vendredi en Turquie, contre 7 millions en Iran, et 10 millions de turques font leurs 5 prières quotidiennes contre 2 millions d’iraniens).
Voici les chiffres de la « minorité dans la minorité » : Il y a environ 6000 orthodoxes syriens, 5000 catholiques, 3000 protestants évangéliques d’origines musulmanes et 1500 œcuméniques. La Bible est traduite en turque depuis 1666 mais publiée beaucoup plus tard. Elle existe déjà en Grecque et en Arménien. Lorsque je suis arrivée, la Société biblique travaillait sur la traduction Kurde. J’étais donc directrice quand on l’a diffusée. J’ai été très prudente quant à la communication qui en a été faite.
Notre mission principale est de montrer ce qu’est la Bible aux non chrétiens, de combattre les préjugés (« les chrétiens croient en trois dieux différents », « le Coran remplace la Bible… »).
Nous visitons donc régulièrement la faculté théologique musulmane et nous répondons aux questions des étudiants. Nous avons également des librairies et nous organisons des expositions séculaires (où sont aussi présents des ouvrages musulmans, et où il n’y a pas d’autres ouvrages chrétiens que la Bible). Lorsque le Pape a déclaré l’année 2008-2009 sous le thème de Paul de Tarse, nous avons publié les Actes des apôtres avec des photos de la Turquie, ce qui a plu au nouveau ministre du tourisme qui en a profité pour promouvoir la Turquie comme « le pays de la Bible » ; « La Turquie, terre des premiers chrétiens » est une information nouvelle pour les turcs qui en prennent conscience petit à petit. »
Labib Madanat, Société biblique arabo-Israélienne
« Nous sommes une minorité de chrétiens au Moyen-Orient. Mais personnellement, je me sens à l’aise dans les pays arabes. Évidemment, suite à des événements récents, les chrétiens se sentent opprimés, repoussés hors de chez eux. Du côté des palestiniens, l’occupation par l’autorité Israélienne est toujours dure à accepter. La Bible est la parole de Dieu que nous devons essayer de porter pour contribuer à notre société. Nous avons des locaux un peu partout : dans la bande de Gaza, à Bethléem, à Jérusalem, Naplouse… Nos programmes les plus actifs concernent la Cisjordanie, pour apporter de l’aide dans les camps de réfugiés à Gaza. Nous servons les palestiniens dans leur ensemble (c'est-à-dire aussi avec les Israéliens). Nous voulons montrer que nos voisins croient aussi à la paix, et c’est là une grande responsabilité. Notre projet commun est de faire comprendre que nous avons tous le même Père. Nous créons entre nous le plus d’interactions possibles.A Birzeit, à côté de l’université de Ramallah, nous avons un centre qui s’appelle « Les Pierres vivantes » dans un vieux bâtiment historique.  C’est un lieu où se retrouvent les étudiants pour des soirées culturelles, des conférences. C’est l’occasion de partager les différentes fêtes religieuses.
Nous promouvons la liberté de choix dans le cadre de nos programmes. Nous voulons que le ministre de l’éducation donne un droit d’accès à la Bible.
Nous cherchons à vivre à l’image du Christ, très humainement. Il y aura toujours de la violence tant qu’il existera les extrémistes. Il faut les empêcher de gagner. Ils ne tueront pas l’amour que nous vouons à notre peuple. »
Victor Kalisher, Société biblique israélienne
« Je fais partie des premières familles messianiques d’Israël (mon père s’est installé en 1848, et a reçu une Bible lors de la guerre d’indépendance). En 10 ans, la communauté s’est multipliée par deux et ai aujourd’hui reconnue. Notre objectif est d’atteindre toute la population, arabes, israéliens.
Notre grand projet consiste à publier une Bible annotée en Hébreux. Dans notre travail, nous nous heurtons fréquemment à l’histoire des relations entre chrétiens persécutés par les juifs et les juifs persécutés par les chrétiens… »
Que faire en France pour avoir un meilleur dialogue avec les minorités religieuses ?
Labib Madanat: « Il faut rechercher des histoires de coexistences et les rendre plus visibles.Les valeurs bibliques sont liées à notre patrimoine de l’humanité. Exemple : Lorsque nous faisons des dons aux palestiniens bloqués par le mur de Gaza, avons-nous le courage de dire à nos frères : « ce sont des dons qui viennent de juifs » ? Idem lorsque nous visitons un soldat israélien blessé à l’hôpital ou lorsque nous aidons à reconstruire une mosquée incendiée en Cisjordanie. Ainsi nous leur disons : « Vous avez de la valeur pour moi. Je respecte ce que vous faites. » Il faut plus d’initiatives qui permettent de mettre la Bible au centre de nos relations. Il faut éviter de donner l’image que nous sommes d’une culture supérieure. C’est d’ailleurs antichrétien comme attitude ; au contraire, parlons et agissons avec humilité, avec un esprit de serviteur : « Comment faire pour que tu te sentes plus français ? » Nous sommes égaux devant la loi. Essayons de travailler sur nos points communs et encourageons le dialogue… Il ne faut pas oublier que l’Islam n’a pas bénéficié de la possibilité d’avoir une liberté d’expression au sein de sa religion. Je me demande toujours pourquoi mes amis chrétiens ne protestent jamais lorsqu’un membre du Hamas est tué dans une prison par exemple. Nous devons être des ambassadeurs des valeurs du Christ. »
échos du public
Anne-Cécile, 30 ans, Virginie, 31 ans, et Claire, 21 ans, sont revenues de la conférence enchantées. « Les propos de Victor ont fait échos à ce que j’ai vu et vécu, s’enthousiasme Anne-Cécile, qui revient de deux ans en Israël, dans le cadre de son travail. J’ai eu l’occasion d’assister à des assemblées de prières de juifs messianique. La première chose qu’on nous demande sur place, c’est notre religion ! »
Virginie a été impressionnée par le naturel et la conviction avec lesquels s’exprimaient Labib : « C’est impensable dans nos sociétés occidentales d’exprimer sa foi avec autant de paix, d’humour et de simplicité comme le fait Labib qui vit pourtant dans un pays où les conflits entre les religions sont à fleur de peau... Ça fait du bien, et ça redonne de l’espoir », souffle la jeune femme. Claire est ravie de poursuivre cette conférence par la visite de l’exposition qui lui permet de bien visualiser les lieux bibliques et les différentes étapes de traduction.

Emmanuelle Genay, 46 ans, étudiante en théologie à Strasbourg : « Ces témoignages confirment les échos que nous avons des actions des chrétiens d’orient, dont la situation est de plus en plus difficile au proche-Orient. C’était très riche et très intéressant. On sent la fraternité entre Victor et Labib, et on aimerait que cela soit comme ça sur le terrain.  J’aime la démarche de Tamar, son travail de fond dans ce contexte de laïcité à la Turque. L’élection de Barack Obama permet l’ouverture au dialogue vers toutes ces minorités religieuses. »
Mis à jour le ( Mercredi, 23 Mars 2011 16:51 )
 
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