Introduction
Jeunes de la pastorale des migrants-2 © SNPM
Le Pôle Jeune de
la Pastorale des Migrants se propose de « regarder de manière particulière la vie des jeunes issus de la migration » en créant notamment des espaces où la parole est libérée par rapport à ce que ces jeunes vivent aujourd’hui, souvent marqués par deux cultures : culture du pays d’origine et celle du pays d’accueil. Dans ce témoignage, Tiffany, 25 ans, d’origine malgache, raconte l’expulsion aussi inattendue que douloureuse de son ami Hari (prénom changé pour des raisons de confidentialité).
Tiffany :
Il n’y a pas si longtemps, j’apprenais qu’un jeune compatriote que je connaissais, Hari, était en rétention et allait peut-être être sous peu expulsé vers son pays d’origine, Madagascar. Il s’en est suivi tout un élan de mobilisation et de solidarité avant son jugement au tribunal. Non, ce n’était pas possible !! Comment penser qu’une personne proche et aussi gentille allait se faire renvoyer ? C’est là que j’ai vu que j’étais loin de connaître ce jeune homme pour lequel je gardais en mémoire nos fous rires mémorables !! Pour tenter de le faire rester en France, ses proches, amis et professeurs relataient sa vie et tous les efforts qu’il avait faits pour s’intégrer dans un pays que beaucoup d’immigrants voient comme l’eldorado, le pays où la vie est facile et où l’on a plus de chances de gagner de l’argent et de s’en sortir.
Un jeune homme brillant
Il avait un caractère souriant et vivait sa jeunesse comme ceux de son âge. C’était un sportif et aussi un jeune homme très engagé dans différentes activités. On peut citer ici sa participation aux actions humanitaires. Malgré le temps consacré à toutes ces activités, il a brillamment réussi sa première année de BTS. Bref, c’était un jeune qui s’en sortait bien, et même plus que bien, parce qu’il se donnait les moyens de réussir et saisissait la chance d’avoir pu se sortir de la misère de son pays. Bien souvent, on ne peut en dire autant de jeunes qui ont tout ce qu’ils veulent sans faire le moindre effort, ou qui justement attendent que tout leur soit servi sur un plateau. Moi-même, j’étais loin de me douter qu’il était sans papiers tellement il était intégré dans cette société. Avec tout ce qu’il avait fait, cela paraissait impensable. Et puis, il y avait tant d’années qu’il était en France, 7 ou 8 ans : il était mineur à l’époque de son arrivée. Pourtant, à y réfléchir, il n’y avait rien d’étonnant. Il savait qu’il était en situation d’irrégularité et qu’à n’importe quel moment il pouvait se faire expulser. Il profitait tout simplement de la vie, et était tout simplement conscient de la chance qu’il avait.
Un bel exemple de courage !
Juste avant son jugement, je l’ai appelé. A ma grande surprise, il était comme à son habitude en train de rire, de faire son malin. Il me disait être touché par tous ces messages de soutien et que cela lui donnait la force de se battre jusqu’au bout. Comme j’étais surprise de son air si « zen » et de son humour, il m’a répondu : « Quoi qu’il arrive, je garderai toujours le sourire justement pour ne pas montrer ma faiblesse ; car s’ils [les juges] voient que je suis faible, c’est là qu’ils auront gagné !! Mais moi je suis plus fort qu’eux. Et puis, si je suis renvoyé au pays, je ferai tout mon possible pour revenir en France car il y a trop de choses que je n’ai pas achevées ici, à commencer par mon BTS. » Un bel exemple de courage ! Son procès est passé aux infos à la télé régionale. Je l’ai vu souriant, très zen. On le verra plus tard pleurer au spectacle de tous ses amis venus pour le soutenir. Le verdict tombe : il sera expulsé. Je pense alors à sa fiancée, à ses amis, sa famille… Tous continueront de se mobiliser même après son départ pour qu’il revienne au plus vite. Aujourd’hui, je peux exprimer ma joie et dire que cet ami a ses papiers et est revenu en France. Il est marié et continue sa vie dans la simplicité, toujours en aidant les autres.
Dernière mise à jour le 04 Janvier 2010