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Le sens de l’argent

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Écrit par ZeAnim, le 03/05/2010 à 15:34

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Introduction
Vincent Pottier © ABF
Vincent Pottier est franciscain à la Chapelle des Buis dans le Doubs (25) et membre de l’équipe ZeBible. Préférant (de loin !) Wikipédia aux lourdes encyclopédies, il a toujours un savoir à partager. Et sur le thème de l’argent, il en connaît un rayon ! Par exemple, saviez-vous que le mot « capital » a été inventé par un franciscain (lien vers l’article ‘l’origine du capital’) ? Bizarre pour un homme de Dieu non ? Il doit forcément y avoir une explication…
Quel sens peut-on donner à la "valeur" de l'argent ?
Monnaie © D.R.
L'argent, c'est fondamentalement de la confiance. En économie, on parle de monnaie plutôt que d'argent. La monnaie n'a de valeur que celle qu'on veut bien lui accorder. Il y a des systèmes d'échanges marginaux qui existent sans argent, le don, le prêt, le troc, les SELs (systèmes d'échange locaux). Certains de ces systèmes reposent sur la confiance. La bibliothèque municipale me prête un livre. Ce prêt est enregistré sur une fiche (informatique aujourd'hui). À l'heure de compter ses ouvrages, la bibliothèque comptera aussi les ouvrages non présents. Ce sont les fiches qui permettent de les compter. Mais si le bibliothécaire sait que je ne suis pas crédible (retenir ce mot !) - j'ai dis au bibliothécaire que je ramènerais son livre, mais il a appris que je suis menteur, voleur, ma fiche, alors, ne vaut plus rien ! L'ouvrage sera considéré comme perdu pour la bibliothèque. La fiche ne vaut que la confiance dans la personne.
Sur quoi repose cette confiance ?
Imaginez que j'ai un million d'euros. Les américains sont bosseurs, malins, paisibles, leur économie marche bien. J'échange mes euros contre des dollars, ils représentent un petit bout de cette économie qui m'inspire confiance, ils représentent un peu des "valeurs" qu'incarnent les américains. Mais voilà qu'ils font n'importe quoi, leur économie n'est plus crédible. Ou bien, ils provoquent une guerre et me scandalisent, moi qui suis fondamentalement pacifiste. Je vais chercher à me débarrasser de ces dollars qui disaient la confiance que j'avais dans ce pays. Et beaucoup feront comme moi. Il y aura des milliards de dollars disponibles dont personne ne voudra. La valeur de la monnaie américaine va dégringoler.
Crédit, crédible, croire, confiance, et même foi, tous ces mots sont proches !
Au contraire, quand l'économie est menteuse, trompeuse, artificielle, tôt ou tard, elle entre en crise.
Pourquoi c'est un régulateur ?
Le troc, c'est lourd ! Je ne peux pas toujours me déplacer avec les patates de mon jardin pour troquer contre une chemise ! D'autant que le marchand de chemise, il en a peut-être marre des patates ! L'argent, la monnaie, c'est un formidable outil pour échanger. La monnaie, c'est aussi un bon outil de calcul : un iPod, ça fait combien en noisettes ou en T-shirt ? En ramenant les valeurs disparates à une monnaie, on simplifie le calcul, la monnaie, c'est l'espéranto des échanges économiques. Et aussi des désirs... Plus tard, j'aurai un salaire brut annuel de 5 Mercedes, de 215 iPhones. Pas pratique pour envisager de construire une maison ! Et aussi de la générosité. On pense aux millions de donateurs après le drame d'Haïti ! Il n'aurait pas été facile, et probablement pas adapté, de collecter les dons en nature. Qu'est-ce qu'aurait pu donner mon voisin coiffeur pour les Haïtiens ? Sa paire de ciseaux ? Du shampoing ? Certainement qu'il a envoyé un chèque.
Pourquoi c'est source de problème ?
Mais comme l'argent permet de mesurer les échanges, les désirs et même la générosité, il exprime aussi que, dans la balance, nous ne sommes pas tellement volontaires pour donner... Le problème, ce n'est pas tant l'argent que ceux qui le manient. Si l'humanité était si généreuse, il n'y aurait pas tant d'inégalité économique !
Si je troque, si je marchande, je prends le temps d’entrer en relation avec le marchand qui peut m’expliquer sa vie, ses besoins, et je prends le temps d’expliquer ma vie, le commerce est une relation humaine. Si j’envoie un chèque, je ne prends pas ce temps. La monnaie rend les échanges beaucoup plus fluides que le troc avec la brouette de patates. Mais cette fluidité plus grande permet à notre déséquilibre entre le désir et le don de s'infiltrer bien plus facilement et plus subrepticement dans les échanges, bien souvent l’argent évacue l’humanité. Pas tellement dans chacun de nos échanges, mais plutôt dans le système d'échanges et dans le système de pensée qui les régule. Ce n'est pas le boulanger qui est un salaud, c'est le système économique qui est faussé.
Aussi, quand certains disent que c'est l'économie qui règne sur tout, c'est faux ! Mon porte-monnaie ne peut rien sans moi. C'est le cœur de l'homme qui est malade. Et si l'économie est injuste, raide et froide, c'est que les hommes qui la font sont injustes, raides et froids.
Rappelons-nous au Moyen-Âge, quand l'économie de marché est apparue, il y avait trois conditions préalables :
  • Le bien de la cité, on parle aujourd'hui de développement durable, d'équilibre planétaire ;
  • la solidarité, on parle aujourd'hui de rapports Nord-Sud, d'économie solidaire ;
  • la gloire de Dieu, là, on ne parle pas de grand-chose. Mais c'est en servant les hommes et les femmes qu'on sert Dieu.

    "Faites-vous des amis avec l'argent malhonnête !" avait dit Jésus. [2]

Dernière mise à jour le 06 Septembre 2010

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