Le système féodal
Anticapitalisme © Wikicommons
Au Moyen-Âge, ce qui fait la richesse, c’est la terre. Un puissant seigneur, c’est quelqu’un qui a de la terre, et des vassaux qui ont de la terre... L’Église est organisée sur le même modèle : on pense aux monastères, grandes propriétés foncières, à Cluny... Dans le système féodal, il y a peu d’échanges, peu d’argent. En plus, chaque seigneur fait sa monnaie, impose ses droits de passage, ce qui rend difficile les échanges... Des chrétiens, nobles, choisissent de vivre sobrement, de gérer leur patrimoine sans en abuser pour eux-mêmes, et de consacrer leurs biens au service des pauvres, voire de renoncer à leurs biens pour choisir la pauvreté. Ce sera une grande voie de sainteté autours de l’an mil, à l’image du Christ, qui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu
(lien).
Le virage de l’an mil
Mais les échanges économiques augmentent à partir de l’an mil, l’artisanat se développe avec les fabriques (notamment le tissage), et les marchands, et les foires, et la vie urbaine... Dans les villes, on brasse de l’argent et le pouvoir change de nature. Et la société médiévale a du mal à comprendre comment des hommes qui ne sont pas nobles peuvent avoir du pouvoir. Il y a des révolutions locales, les communes libres. L’Église, elle, a du mal à distinguer entre l’usurier attaché à son argent et condamnable au nom de l’Évangile et le banquier utile au monde des affaires. Pour se lancer dans une aventure commerciale, il faut des sous. Il faut armer un navire, payer un équipage, gérer du stock...
Grâce aux nouvelles communautés…
Dans le même temps, dans l’Église, des chrétiens choisissent de vivre pauvrement et en fraternité et proche du peuple, on appellera ces nouvelles communautés des ordres mendiants : les franciscains, les dominicains... Il est étonnant de constater que François d’Assise, fils de commerçant renonce vigoureusement à l’argent, chose étrange pour des gens qui circulent, tandis que Claire d’Assise, fille de noble, très proche géographiquement, chronologiquement et spirituellement de François, se bat pour ne pas posséder de terre, chose impensable pour un monastère de femme. Tous deux luttent contre ce qui procure le pouvoir, l’argent pour le fils de drapier fondateur des Frères mineurs, la terre pour la fille de la noblesse fondatrice des Sœurs Pauvres.
Le « capital » est né !
C’est un religieux d’une de ces nouvelles communautés,
Pierre de Jean Olivi qui invente le mot "capital". Alors que lui-même est un ardent défenseur de la pauvreté pour lui et ses frères, il explique comment des hommes peuvent mettre de l’argent en commun pour lancer une aventure commerciale dont bénéficiera la Cité. L’argent, rassemblé par le banquier et prêté au commerçant, est capital pour que l’aventure soit possible et que la Cité soit prospère. Il est donc légitime que ces aventuriers aient un certain pouvoir, il est donc légitime que des banquiers brassent de l’argent.
Et après ?
Vincent Pottier © ABF
Mais, pour ce frère et ceux qui continueront sa réflexion, début de pensée économique, les affaires ne sont possibles qu’à trois conditions : le bien de la cité, la solidarité, la gloire de Dieu - et se seront les confréries. Le marché n’est pas le lieu de la concurrence impitoyable, comme on le pense aujourd’hui, mais le lieu où s’établit "le juste prix", le prix qui permet à chacun de vivre. Le capitalisme, tel qu’il apparaît au Moyen-Âge, est un nouvel ordre économique qui offre bien plus de liberté que le système féodal, tout en restant soumis à des impératifs politiques sociaux, et religieux. Mais il n’est pas le capitalisme qui se développera à l’ère industrielle, et encore moins le néo-libéralisme qu’on connait de nos jours !
Dernière mise à jour le 06 Mai 2010