Taizé_arrivée © ABF
Dans son ouvrage « La fraternité », paru en septembre 2009 aux édition l'Atelier, Mgr Hubert Herbreteau, évêque d’Agen depuis plus de cinq ans et membre du Conseil pour la pastorale des jeunes, décris cinq lieux d'application de la fraternité aujourd'hui : la ville, le sport et la musique, la relation éducative, l'hospitalité (accueil des malades et de l'étranger) et démontre comment la fraternité est une chance à saisir pour une société en quête de nouveaux liens sociaux. Interview.
Académie de louange © Miji
C’est une réalité incontournable, sinon la société ne serait pas stable, il n’y aurait pas d’institutions par exemple, et en même temps c’est une utopie, un horizon à atteindre. Aujourd’hui, tout le monde parle de fraternité, à commencer par les politiques. Au point que cela est devenu un concept un peu mou, un tranquillisant, au lieu d’être considéré comme un vrai enjeu de société. La preuve, nous avons appliqué les concepts de « liberté » et d’ « égalité » qui ont conduit à des mesures juridiques au sujet des droits et des devoirs de chacun. Mais quand n’est-il de la fraternité ? Elle a été mise de côté et un peu oubliée parfois.Or je crois que la fraternité a une vrai dimension politique ; tout citoyen doit se préoccuper du vivre ensemble.
Taizé_groupe © ABF
Dans leurs conversations, le mot ‘amitié’ revient plus souvent que ‘fraternité’. Ce ne veut pas dire qu’ils ne la vivent pas lors de leurs voyages à travers le monde dans le cadre de leurs études ou de leurs vacances. A l’école aussi ils sont confrontés à d’autres jeunes qui n’ont pas la même culture ni la même religion qu’eux. Ce mot prend donc de plus en plus de place et de sens dans leur vie, même s’il n’est pas forcément prononcé… Les jeunes communiquent beaucoup grâce à de nouveaux médias : regardez, par exemple, l’importance des « textos » aujourd’hui ! Ou encore la place que prennent les réseaux sociaux comme facebook. Ça passe aussi par des poèmes, des musiques que l’on partage, ou des symboles comme un foulard que l’on fait signer à tous ses copains de passages avant de repartir chez soi pour le garder comme souvenir.
Académie de louanges © Miji
Dans mon livre
La Fraternité, je développe 5 lieux :
- La musique, dans sa dimension universelle ouvre à la fraternité. Je reviens des Philippines et ai été surpris par l’engouement suscité par le karaoké. Même les églises communiquent cet esprit de convivialité. J’aime la citation de Daniel Barenboïm, chef d’orchestre de jeunes palestiniens et israéliens à Ramallah : « chaque instrument a besoin de l’autre » C’est bien connu, la musique adouci les mœurs.
- La ville est un enjeu de fraternité crucial pour demain. Depuis 2007, 50% de la population mondiale vit dans les espaces urbains, notamment les mégapoles. Alors oui les villes sont des lieux de rencontres et de fêtes. Elles contiennent un patrimoine historique. On y fait des échanges et du commerce. Elles sont aussi des lieux d’enseignement et de culture mais sont-elles vraiment humaines au niveau de leur architecture et de l’urbanisme ? A-t-on bien pensé les lieux de rencontres ?
- Le sport est marqué par la circulation de grosses sommes d’argent et de des intérêts financiers importants, mais c’est aussi de l’occasion de vivre de grands rendez-vous de la jeunesse au niveau mondial. Je pense tout particulièrement aux Jeux Olympiques et à la coupe du monde de football. Il faut faire attention à ce que cela ne devienne pas un lieu où règne seulement s’esprit de concurrence et de performance.
- La relation éducative : le professeur a tout intérêt à développer une forme d’autorité et pas d’autoritarisme auprès de ses élèves. Le mot Autorité est un dérivé d'un verbe latin “Augere”, qui veut dire ‘faire grandir’. L’éducateur doit reconnaître l’enfant comme frère en humanité. La difficulté pour un éducateur, c’est de conjuguer à la fois l’autorité et une expérience de vraie fraternité avec les enfants et les jeunes.
- L’hospitalité : accepter qu’une personne vienne à l’improviste, accueillir l’étranger de passage… Une valeur qui se perd au 21e siècle ! Par contre je note de nouvelles formes d’hospitalité comme la visite des malades ou l’accompagnement des familles en deuil… Reste une question essentielle aujourd’hui : Que fait-on de l’étranger dans notre pays ? Quelle place donne-t-on aux migrants ? Cela mérite que l’on s’y arrête pour voir toute la richesse qu’ils peuvent nous apporter au lieu de rester dans une optique d’expulsion ou de rejet.
Mgr Herbreteau © évêché d'Agen
Dans ce récit je retiens deux phrases. D’abord la question de Dieu à Caïn : « Où est ton frère ? », autrement dit « Quels sont les endroits où tu peux rencontrer ton frère ? », ce qui est une question beaucoup moins culpabilisante que « Qu’as-tu fait de ton frère ? » Puis la réponse de Caïn : « Suis-je responsable de mon frère ? » La question est très actuelle : après les atrocités commises au 20e siècle et les catastrophes écologiques, nous avons la responsabilité de construire un monde fraternel. Cela engage l’avenir !
Taizé_lire © ABF
Je pense qu’il est important d’apprendre la langue de l’autre pour entrer dans sa pensée, pour mieux le comprendre. Ensuite, il faut prendre le temps de s’écouter mutuellement et développer une certaine douceur dans nos relations. En clair, surveiller son langage, parfois abrupte et mal approprié. C’est plus que de la politesse, c’est encore une fois comprendre l’autre, se mettre à sa place.