La joie d’être sœur
Écrit par ZeAnim, le 09/08/2010 à 14:10
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Introduction
Soeur Anne-Marie © DR
Je suis sœur Anne-Marie, clarisse à l’Abbaye de Poligny (39). Sœur de qui ? Je me souviens que le jour qui a suivi ma prise d’habit, il y a 5 ans, à l’âge de 23 ans, j’étais surprise d’entendre être appelée par les gens à l’accueil : « Ma sœur » ! La confiance qu’ils m’accordent en me parlant de leurs vies me dépasse...Je sens que je suis à la fois leur sœur en humanité dans ce qu’il y a d’heureux ou de plus dur et sœur parce que je désire les porter vers notre Père des cieux !
La fraternité ?
Fraternité © Marte Sonnet
L’idée que je me faisais de la fraternité a évoluée et continuera sûrement ! Je croyais qu’en entrant au monastère, les relations seraient plus transparentes, où chacune aurait la liberté de se confier à l’autre, où je saurai tout de ma sœur pour mieux l’aimer, évidemment ! Or, il n’en est rien ! Je vis avec des sœurs dont je ne connais pas forcément toute l’histoire, dont j’ignore parfois les combats intérieurs… Pourtant, je peux dire que ce sont mes sœurs : pas parce que je m’entends bien avec elles mais parce que Dieu me les as données, mises sur ma route vers Lui. Et cela libère de savoir qu’on est pas obligés d’être amies avec toutes mais d’être sœurs. Jésus nous commande d’aimer notre prochain : c’est possible, parce qu’Il me donne de recevoir Son Amour. Du coup, la question n’est pas de savoir si aujourd’hui, je me sens bien avec telle sœur, mais est-ce que je peux vérifier en moi que Dieu m’aime pour décider de poser un acte d’amour, de foi dont la portée et la fécondité me dépasse ?...
…Un mode de vie ?
Renouvellement des voeux © DR
Sainte Claire a beaucoup médité le Christ du lavement des pieds : Celui qui, de Maître et Seigneur qu’il est, se fait pauvre et humble à notre service. Claire était abbesse mais elle trouvait plus de joie à exercer son office comme sœur de ses sœurs que comme dirigeante ! Elle lavait elle-même les pieds nus de ses sœurs qui revenaient de la quête… J’aime, pour ma part, méditer à partir d’un tableau qui représente ce qu’est pour moi la fraternité : Jésus à la dernière Cène entouré de ses disciples. L’eucharistie qui doit nous rassembler, nous réunir dans l’amour etc., c’est déjà l’histoire de Jésus entouré de disciples qui vont chacun le fuir à la Passion, le renier voire le trahir…Quel tableau ! Sauf que voilà : nous avons affaire à Celui qui a aimé les siens jusqu’au bout ! Oui, jusqu’au bout des routes parcourues ensemble, des miracles vécus, des discussions partagées et jusqu’au bout des trahisons…La fraternité, c’est savoir surtout, comme Jésus, qu’on ne sera jamais seuls, car notre Père est là, témoin de ce que nous vivons… Le Père est là et nous aime et alors seulement, nous pouvons choisir (parce que ça se choisit librement) d’aimer nos frères et sœurs…
L’ennemi de la fraternité
La Chute de Babylone © cc Kimon Berlin
Dans la Bible, (in Ze Bible !) il y a un passage qui me parle aussi de fraternité jusque dans le mal…Dans le Livre d’Isaïe
52,13-53,12, il est question d’un serviteur souffrant dont on voit une préfiguration du Christ dans Sa Passion.
Or, au verset 9, il est écrit : « Il a établi son sépulcre avec les méchants et avec les riches dans leurs morts parce qu’il a fait non-violence ». La violence m’entoure certes, mais il me faut reconnaître qu’elle est en moi aussi. Or, j’ai ce pouvoir extraordinaire de faire non-violence, ce qui est bien plus fort que de m’abstenir de violence ! J’accueille mon propre moi souffrant avec ceux et celles qui l’ont fait souffrir, sans rien condamner ou nier. Le pouvoir que nous avons ne s’exerce ni contre les autres ni sans les autres. L’ennemi de la fraternité, c’est croire que je me suffis à moi-même y compris dans le bien…
Comment se règlent les conflits ?
Les Clarisses de Poligny © DR
En communauté, chaque semaine, il nous arrive de demander à Dieu et à nos sœurs « la miséricorde ». De reconnaître que je ne suis pas mieux que ma voisine, et ma voisine reconnaîtra qu’elle n’est pas mieux que moi ! Nous reconnaissons ensemble notre fragile humanité et rendons grâce ensemble de notre Dieu qui a un petit faible pour ceux qui se tournent vers Lui dans leur manque qu’envers ceux qui n’ont absolument pas besoin de Lui ! Au passage, remarquons que Claire et François d’Assise ont contemplé un Dieu Trinité qui est un Dieu de relation, qui veut entrer en fraternité avec nous ! Les échanges doivent circuler, tout doit être partagé, rein n’est gardé pour soi…D’où le Dieu Pauvre en vue de la fraternité, toujours !
Caïn et Abel : la fraternité en pauvreté
Je trouve que le récit du premier meurtre fratricide dans la Bible nous révèle ce que paradoxalement devrait être la fraternité en pauvreté ! (J’aime le commentaire de Marie Balmary (auteur de Abel ou la traversée de l’Eden, ed. Grasset) sur cet épisode. Elle relève un fait qui a lieu juste avant que Caïn ne tue son frère Abel. Tous deux présentent à Dieu leurs offrandes. Or, le texte dit que Caïn apporte des fruits de la terre et qu’Abel apporte des aînées de son troupeau et leur graisse. Mais Dieu n’accepte que l’offrande d’Abel et Caïn le jalouse et le tue. La différence résiderait dans le fait qu’Abel offre ce qui est à lui, des aînées de son troupeau et leur graisse et Caïn offre ce qui n’est pas à lui, des fruits de la terre. Contrairement à son frère, Caïn n’est pas présent dans son offrande. C’est parce qu’on s’est approprié le don qu’on devient capable de le donner et d’entrer en relation. Quand Jésus dit : « Ceci est mon Corps », c’est quand Il va le donner à ses disciples et au monde. Je crois que ce récit entre Abel et Caïn m’apprend que Dieu veut que nous ne fassions pas semblant d’être en relation avec Lui ou avec nos frères mais que nous y mettions du nôtre ! Se donner aux autres en fraternité nécessite que je signe de mon nom et donc que j’existe à fond dans tout ce que je suis ! Alors Dieu pourra agréer ce dont je peux me dépouiller parce que je sais qu’Il veut tout me donner !
Dernière mise à jour le 30 Août 2010