introduction
Stephane Haar © ABF
Depuis de nombreuses années, la JOC agit en faveur de l'insertion professionnelle des jeunes de milieux populaires. Les 10 000 militants de la JOC répartis dans 120 fédérations locales partout en France organisent des Relais Jeunes Solidaires. Ce sont des lieux entièrement gérés par les jeunes où ceux-ci viennent s'entraider dans leur démarche d'insertion professionnelle (écriture de CV, de lettre de motivation, simulation d'entretien, soutien…). Ce lieu permet aux jeunes de reprendre confiance en eux et de persévérer dans la recherche de l'emploi. Stéphane Haar, le président de la Joc, répond à nos questions.
Comment donner confiance aux jeunes ?
Le meilleur moyen de nous donner confiance en l'avenir c'est avant tout de nous donner des solutions pour améliorer cette situation catastrophique en matière d'emploi des jeunes. Comment voulez-vous qu'un jeune construise sa vie, son avenir personnel et professionnel s'il est confronté dés le début au chômage et à la précarité ? La confiance en l'avenir vient avec l'espoir, l'espoir d'un changement.
Aujourd'hui, les jeunes sont souvent traités comme une marchandise par les entreprises. Ils sont une variable d'ajustement qui permet de réduire les coûts en mettant fin à leur contrat quand on n'a plus besoin d’eux. Il faut arrêter de considérer les jeunes comme un risque. Les jeunes sont une chance pour la France et pour les entreprises. Il faut mettre fin à cette méfiance et à cette peur envers les jeunes. Pour nous, jeunes chrétiens, il est inacceptable de voir les jeunes traités comme des objets au service de l'économie. C'est à l'économie d'être au service de l'humanité et notamment des jeunes. C'est à elle de leur fournir un emploi et les conditions nécessaires pour pouvoir construire leur vie de manière libre et digne.
Que pensez-vous du livre vert de la Commission Hirsch ?
Nous avons participé de manière active aux travaux de la commission en charge de rédiger le livre vert. Nous avons été présents lors des différentes rencontres et nous sommes heureux de voir certaines de nos propositions reprises dans le livre vert notamment en matière d'orientation des jeunes (création d'un carnet des compétences, création d'un service public de l'orientation…) mais également en matière d'emploi des jeunes (information des jeunes et enseignement du droit du travail au collège et au lycée, action visant à faire respecter les droits des jeunes travailleurs saisonniers…). Ce sont les mesures que la JOC demandait depuis longtemps et nous sommes aujourd'hui heureux qu’elles soient proposées.
Toutefois, nous appelons à la vigilance. Si certaines propositions du livre vert marquent un pas en avant important, celui-ci manque d'une véritable cohérence et d'une vraie ambition permettant d'améliorer les conditions de vie des jeunes, particulièrement des jeunes de milieux populaires. De nombreux sujets comme l'accès à la culture et aux loisirs n'ont pas été abordé etc…
Nous resterons attentif sur la mise en œuvre du livre vert. Si le livre vert propose certaines mesures positives, celles-ci vont en contradiction totale avec la politique générale du gouvernement qui est fortement marqué par des aspects de régression sociale et de méfiance vis-à-vis de la jeunesse. Nous nous interrogeons donc : comment un gouvernement qui supprime les moyens à l'éducation nationale, à la culture, aux associations d'éducation populaire et qui favorise une politique de méfiance vis-à-vis des jeunes (contrats précaires encouragés etc…) comment ce gouvernement va-t-il donner les moyens au Haut Commissariat à la jeunesse pour appliquer le livre vert ? Il y a de quoi être sceptique. Nous attendons de voir des les moyens mis en œuvre.
Comment favorisez-vous l’insertion professionnelle ?
La JOC agit auprès des jeunes pour les aider à faire respecter leurs droits car la meilleure façon de favoriser l'insertion professionnelle c'est de donner aux jeunes l'envie de s'insérer dans le monde professionnel. Pour cela, il faut permettre aux jeunes de se former, de s'épanouir dans leur travail et de faire respecter leurs droits. C'est pourquoi la JOC propose des formations au droit du travail, notamment dans le cadre des accueils à destination des jeunes travailleurs saisonniers organisés par le mouvement dans les principales destinations touristiques du pays.
La JOC propose également aux jeunes de vivre la « révision de vie », c'est une démarche de relecture qui permet à chaque jeune de faire le point sur sa vie, de comprendre ce qui est positif et ce qui ne va pas, de l'éclairer à la lumière des Évangiles et d'agir pour améliorer ses conditions de vie et de travail. Si cela s'applique dans tous les domaines de la vie, la relecture est quelque chose d'essentiel pour réussir son insertion professionnelle. Trop peu de monde écoute vraiment les jeunes et leur donne les moyens de faire le point sur leur vie. L'insertion professionnelle ne doit pas être guidée par une obsession de rentabilité est bien par l'écoute des besoins et des envies des jeunes. Pour la JOC, un jeune travailleur vaut plus que tout l’or du monde car il est fils de Dieu.
La Bible vous éclaire-t-elle sur le devenir des jeunes ?
A travers les relais jeunes solidaires et la révision de vie, les jeunes sont invités à éclairer les difficultés qu'ils rencontrent en matière d'insertion professionnelle à la lumière des Évangiles. On trouve dans la Bible de nombreux passages sur la justice sociale, la place de l'homme dans l'économie, la place de l'argent… (Les Évangiles de Luc et de Matthieu regorgent de paraboles sur la justice sociale et l'argent,
Mt 20,1-16 ;
Mt 19,24 etc…).
Tous ces passages se retrouvent dans la doctrine sociale de l'église et l'enseignement des chrétiens sociaux. Ils nous enseignent avant tout que l'économie doit être au service de l'humanité et non pas le contraire. Le système économique actuel est entièrement guidé par la soif de l'argent, par l'avarice. La Bible nous invite à ne pas céder à cette facilité de l'individualisme et de la recherche du profit personnel mais au contraire à ce que nos choix soient guidés par l'amour du prochain. Aujourd'hui, les décisions politiques et économiques prises par nos dirigeants ne sont pas faites dans le souci du bien commun et de l'amour du prochain. Elles sont guidées par la soif d'argent. C'est à cela qu'il faut mettre fin.
La Bible nous enseigne avant tout qu’on ne peut pas apporter une solution individuelle à des problèmes collectifs. Les problèmes que rencontrent les jeunes en matière d'insertion ne sont pas uniquement du au contexte économique actuel mais bien à des choix politiques et économiques qui ne vont pas dans le sens de la charité et de la justice sociale. Ce sont des problèmes collectifs qui ne trouveront de solution que par l'action collective. C'est pourquoi nous appelons tous les jeunes à agir en chrétiens, c'est-à-dire à se mobiliser pour faire respecter leur dignité et celle de leurs copains. C'est ainsi que nous construirons un monde plus juste et fraternel.
Dernière mise à jour le 08 Octobre 2009