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Le Carême en questions

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Écrit par ZeAnim, le 24/03/2009 à 11:36

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Document
Introduction
pain © ABU
Les chrétiens entrent dans le temps du Carême ce mercredi 17 février.  Un représentant de l'Église catholique, Francis Deniau, évêque pour la Nièvres, et un de l'Église orthodoxe, Stefan Munteanu, professeur à l'Institut de théologie orthodoxe de Paris (l'Institut St-Serge), nous expliquent ce que ce mot signifie et comment il est pratiqué. Une des membres de ZeBible et assistante d'édition à l'Alliance Biblique Française, Blandine, 26 ans, plutôt connu sous le pseudo 'StoriaGiovanna', nous livre sa façon de vivre cette période particulière...
Le Carême dans la Bible
Francis Deniau : "Les chrétiens vivent de la présence du Christ ressuscité, mais ils sont aussi dans le temps de l'absence, et la résurrection n'efface pas l'expérience de la mort. Le temps de jeûne ou de pénitence est communion à la passion et à la mort de Jésus. C'est aussi un temps pour signifier où sont nos choix et nos priorités. Paul (2 Corinthiens 5,14-15) nous invite, nous les vivants, à vivre d'abord pour le Christ qui, lui, s'est donné totalement pour nous. Le temps du carême est là pour nous rappeler cela. Les Églises ont fixé dans les premiers siècles ce temps de quarante jours de préparation à la fête de Pâques, en fonction des quarante jours de jeûne de Jésus dans le désert, juste après le baptême qu'il a reçu de Jean-Baptiste. Ce temps symbolique de quarante reprend les quarante ans de séjour du peuple d'Israël dans le désert après la sortie d'Égypte (Exode 16,35 : "Les Israélites mangèrent de la manne pendant quarante ans, jusqu'à leur arrivée dans un pays habité, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'ils aient franchi la frontière du pays de Canaan."), et les quarante jours et quarante nuits que Moïse passe sur le mont Sinaï avant de recevoir les tables de la loi avec les dix paroles (Ex 34:28 : Moïse fut là avec l'Éternel quarante jours et quarante nuits. Il ne mangea point de pain, et il ne but point d'eau. Et l'Éternel écrivit sur les tables les paroles de l'alliance, les dix paroles. (cf. 24,18).
Bien sûr, ce n'est pas une période de conversion... qui dispenserait de se convertir tous les jours de la vie ! Mais nous sommes des humains qui vivons dans le temps, et nous avons besoin de temps différents, de moments forts qui sont des rappels pour entendre plus vraiment la Parole de Dieu, l'invitation que Paul nous adresse au nom de Dieu : « Nous faisons donc les fonctions d'ambassadeurs pour Christ, comme si Dieu exhortait par nous; nous vous en supplions au nom de Christ: Soyez réconciliés avec Dieu ! ». Ce temps a été, très tôt dans l'Église, le dernier moment de préparation au baptême pour les catéchumènes (les adultes qui se préparent au baptême) qui, dans certaines Églises, sont toujours baptisés au cours de la nuit de Pâques. Tous les chrétiens sont invités à se laisser renouveler dans le don de Dieu reçu lors de ce baptême qui les a unis à la mort et à la résurrection du Christ.
Comment les orthodoxes préparent le Carême ?
Stefan Munteanu © @ ABF
Stefan Mutenanu : "il existe plusieurs Carêmes : le Carême de Noël du 15 novembre au 24 décembre, la période de jeûne avant la fête des saints Pierre et Paul, le jeûne de la Dormition du 1 er au 14 août. Le grand Carême, également appelé "Sainte quarantaine", prépare la fête de Pâques.Pour le Grand Carême, l’Église orthodoxe propose une préparation progressive et pédagogique au jeûne : - Ainsi, une semaine avant l’entrée dans le Grand Carême (Dimanche 22 février cette année), le dimanche est appelé « Dimanche du Jugement dernier ». C’est le dernier dimanche où l’on est autorisé à manger de la viande. A partir de ce dimanche, on fait donc abstinence de viande jusqu’à Pâques.
Dans la nuit de Pâques, nous recevrons la bénédiction de prendre de la viande, l’agneau pascal. - Puis, le dimanche avant le début du Grand Carême (Dimanche 1er mars), est appelé « Dimanche du Pardon ». C’est le dernier jour où nous pouvons manger des laitages, des œufs, des graisses, du poisson et du vin. Tous ces produits sont ensuite supprimés de l’alimentation (sauf rare exception) durant 7 semaines (en comptant 40 jours du lundi au vendredi avant les Rameaux et auxquels s’ajoute le temps de la Semaine sainte).
A cet effort de jeûne s’ajoute aussi une préparation spirituelle. Pendant le Grand Carême, l’Église orthodoxe propose à ses fidèles des offices, en particulier « le Canon de Saint André de Crête » et «la Liturgie des Présanctifiés », afin de les aider à vivre le Carême comme expérience spirituelle d’ascèse personnelle en préparation de la Semaine Sainte. La prière personnelle et communautaire nous prépare à rencontrer dans la nuit de Pâques le Christ ressuscité."
Ces prescriptions ne sont-elles pas trop exigentes ?
Stefan Munteanu : "Il convient de noter que l’Église orthodoxe, en général, donne des directives plutôt que des prescriptions littérales. Elle indique des buts, elle montre des modèles, elle dit ce à quoi l’on doit tendre;  mais elle laisse chaque conscience juge de ce que, en présence d’une tradition devenue règle, l’adaptation aux circonstances personnelles commande ou permet.
Le Carême ne se caractérise pas seulement par la renonciation à de nombreux aliments ; mais demande aussi l’augmentation de la prière publique et privée, l’amélioration des relations avec les autres personnes et beaucoup de générosité envers ceux qui en ont besoin.
Il ne s’agit pas d’une période de régime alimentaire, mais d’une période de renouvellement spirituel, une période de repentir, de nettoyage de l’esprit et du cœur, pour se tourner plus vers Dieu et notre prochain. À chacun donc de trouver de quelle façon son jeûne sera nourri dans la prière et dans la charité."
Comment les catholiques préparent le Carême ?
Mgr Francis Deniau : "Le carême reprend les dimensions de la conversion, du retournement (techouvah), de la vie juive. Jésus nous les indique dans le discours sur la montagne (Matthieu 6) : l'aumône, la prière et le jeûne. Il s'agit de nous montrer solidaires de ceux et celles qui sont dans le besoin. Ésaïe nous avait déjà avertis que c'est là le seul jeûne que Dieu aime.
Il s'agit aussi de nous ouvrir davantage à Dieu dans la prière et de laisser l'Esprit Saint faire son œuvre en nous. Jésus nous avertit seulement de ne pas faire de cette solidarité, de cette prière, de ce jeûne, un spectacle que nous donnerions aux autres, ou une mise en scène dont nous serions nous-mêmes les spectateurs. Il nous invite à vivre tout cela "dans le secret", devant Dieu et non devant les autres ou devant nos propres yeux (Matthieu 6)."
En cette période de crise économique, quelle dimension donner au jeûne ?
Mgr Francis Deniau : "Le jeûne ne nous détourne pas du mal, mais d'un bien. Il n'y a pas de mal à manger, et la cuisine est un art humain, une dimension de la culture... un vrai plaisir qui sous-tend aussi la "convivialité", le partage de la table et le fait d'être bien ensemble (cf. le psaume 133).
Dans nos évangiles nous voyons souvent Jésus manger, partager la table des pécheurs, nourrir la foule, être invité ou s'inviter... et il se passe beaucoup de choses pendant ces repas. Jésus n'est pas un ascète à ma manière de Jean-Baptiste, et il ne cherche pas à donner le spectacle de l'ascèse; cela ne le gène pas d'être traité de "glouton et ivrogne, ami des publicains et des pécheurs".
Mais il est des biens, de bonnes choses, qui peuvent nous détourner de l'essentiel. Ainsi les richesses de cet homme qui voudrait bien suivre Jésus, mais qui reste tout triste parce qu'il ne peut pas les abandonner (Matthieu 19,16-30). Jésus raconte aussi les paraboles du trésor caché ou de la perle rare. Quand on a découvert ce qui compte vraiment, on n'a pas de peine à tout donner pour l'acquérir (Matthieu 13,44-46). C'est le sens du jeûne : manifester où sont nos priorités, ce à quoi nous tenons, ce qui compte vraiment. Et comme disait Paul : ne plus vivre seulement pour nous-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour nous.
L'amour du Christ peut nous mener loin. Nous priver d'un vrai bien exprime ce qui compte vraiment pour nous. Cela permet aussi de privilégier la solidarité avec les autres plus que notre rassasiement personnel. Cela nous désencombre aussi pour faire en nous de la place pour Dieu - et pour les autres.
En ce temps de crise économique, cette dimension de solidarité prend des dimensions nouvelles. Comme disait le philosophe juif Emmanuel Lévinas : « Si quelques-uns se rendent compte que le pain que nous mangeons ne nous appartient pas, mais qu'il est fait pour tous, alors nous pouvons en remercier Dieu et nous mettre à le partager... »"
Blandine, 26 ans, témoigne
"En ce qui me concerne, le Carême devient une période d’introspection, d’autant plus importante qu'elle inclus la date de mon anniversaire (cap fatidique s’il en est). Depuis quelques années, je m’attache à méditer l’ensemble d’un livre de la Bible selon le contexte de ma vie personnelle : l’Apocalypse en période de deuil, l’Épître de Paul aux Romains pour me souvenir de mes amis, le Cantique des Cantiques quand je suis amoureuse…
Attention, même si nous observons le jeûne et l’abstinence durant cette période, le Carême ne correspond pas au Ramadan musulman. En effet, nous avons quand même le droit de manger, mais certains aliments, tels que la viande, sont à proscrire. Personnellement, je marque l’entrée et la sortie du Carême par une journée de jeûne sec, afin de marquer une rupture avec ma période d’introspection.
En ce qui concerne les détails pratiques de mon Carême : outre les restrictions alimentaires durant les vendredis, j’ai pris l’habitude de passer le Carême sans alcool et sans chocolat. Souvent, à cette période, voyant mes restrictions, mes amis me posent des questions sur leur bien-fondé. Cela me donne l’occasion de faire quelque chose que j’aime beaucoup : répondre aux questions de mes amis, afin que chacun s’enrichisse de la réflexion de l’autre…
Je sais, par exemple, que les protestants n’ont pas de disposition particulière quant à une éventuelle période pour cheminer vers Pâques. Je me suis justement retrouvée il y a quelques années dans une soirée d’adoration évangélique, où j’ai rejoint une copine après la célébration du Jeudi Saint. Ils se sont étonnés quand ils m’ont vue refuser du cidre (Z’auriez pas plutôt du Perrier ?)…
Quarante jours, donc, pour arriver à la Semaine Sainte qui mène à Pâques. Elle commence avec la festivité des Rameaux (dimanche 28 mars 2010) qui célèbre l’entrée de Jésus dans Jérusalem. Elle se poursuit le jeudi soir avec la célébration de la dernière Cène, le vendredi avec l’arrestation et la mort de Jésus, le samedi et le dimanche avec la célébration de la Résurrection.
En général, je ressors du Carême lessivée physiquement, mais moralement plus forte. Et c’est bien ça le but. J’en profite pour observer le monde qui m’entoure avec un oeil neuf, de voir à quel point il est injuste et d’évaluer la manière dont je peux agir pour le rendre meilleur à ma mesure. Je vous souhaite à toutes et à tous un bon chemin vers Pâques, si cela peut vous apporter du réconfort en ces temps troublés…"
Préparer Pâques 2010

Le réseau Agapè jeunes chrétiens ensemble (groupe île-de-France) et la Coordination des jeunes professionnels (catholique) vous proposent de prier ensemble durant le carême pour préparer Pâques, que tous les chrétiens fêteront cette année à la même date, le 4 avril. Un grand rassemblement œcuménique sera organisé à 7h30 à la Défense. Renseignez-vous dans vos diocèses !

Téléchargez vite le livret pour vous aider à préparer cette grande fête chrétienne. Il contient :

  • une rencontre de Jésus rapportée par l'évangile de Jean : Nicodème, la femme adultère, l'aveugle-né, le paralytique, la Samaritaine et Lazare
  • une méditation sur ce texte par un(e) catholique, réformé, luthérien, anglican, baptiste, orthodoxe
  • un canevas pour continuer la réflexion seul(e) ou en groupe
  • une prière issue de chaque tradition chrétienne représentée,
  • un témoignage de la Cimade sur la rencontre de l'autre aujourd'hui

Dernière mise à jour le 03 Mars 2010

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