Un article de ZeBible.
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===Job:Dernière réplique de Job (suite): Mais maintenant ... ===
- 1 Mais maintenant, je suis tourné en ridicule
- par des petits jeunots.
- Leurs pères autrefois m’auraient paru indignes
- de figurer parmi les chiens de mon troupeau.
- 2 Et d’ailleurs, que pouvais-je attendre de ces gens
- à la force mourante?
- 3 Épuisés par la faim et par les privations,
- ils cherchaient quelque chose à ronger dans la steppe,
- sombre région de ruine et de désolation.
- 4 Ils recueillaient l’herbe salée près des buissons,
- ils se nourrissaient des racines du genêt.
- 5 Chassés par tout le monde,
- poursuivis à grands cris comme des malfaiteurs,
- 6 ils cherchaient un abri sur les flancs des ravins,
- dans les trous de la terre ou les creux des rochers.
- 7 Ils étaient entassés à couvert sous les ronces,
- on entendait leurs cris au milieu des buissons:
- 8 Des espèces de fous, des êtres innommables,
- qu’on chassait du pays à grands coups de bâton!
- 9 Mais maintenant je suis un thème de chansons,
- me voilà devenu sujet de racontars.
- 10 Ils s’éloignent de moi pour marquer leur dégoût,
- ou bien, sans se gêner, me crachent au visage.
- 11 Dès lors que Dieu m’a affaibli et humilié,
- ils n’ont plus envers moi la moindre retenue!
- 12 Pour m’accuser, une foule de gens se lèvent,
- cherchant à me faire tomber d’un croche-pied.
- Ils lancent contre moi leur assaut pour me perdre.
- 13 Ils m’ont coupé toute retraite,
- chacun travaille à mon malheur,
- aucun d’entre eux n’a besoin d’aide.
- 14 Ils pénètrent chez moi par une large brèche
- et se glissent vers moi à travers les décombres.
- 15 Toutes sortes de terreurs me prennent pour cible,
- balayant ma dignité comme un coup de vent;
- mon bonheur a été un nuage qui passe.
- 16 Enfermé maintenant dans ce temps de misère,
- il ne me reste plus qu’à exprimer ma plainte.
- 17 La nuit, les douleurs me transpercent jusqu’à l’os,
- elles me rongent sans m’accorder de repos.
- 18 Dieu a saisi brutalement mon vêtement,
- il me serre le cou comme un col trop étroit,
- 19 me jette dans la boue;
- on dirait que je suis de poussière et de cendre.
- 20 Mon Dieu, je t’appelle, mais tu ne réponds pas;
- je me tiens devant toi, mais ton regard me perce.
- 21 Te voilà devenu cruel à mon égard,
- tu mets toute ta force à t’acharner sur moi.
- 22 Tu m’emportes au grand galop avec le vent,
- et la tempête me secoue dans tous les sens.
- 23 Je le sais bien, tu me ramènes chez la mort,
- ce lieu de rendez-vous fixé à tout vivant.
- 24 Mais quand tout est ruiné, ne tend-on pas la main?
- Dans la détresse, n’appelle-t-on pas à l’aide?
- 25 N’ai-je pas pleuré sur ceux que la vie malmène?
- Le sort des malheureux m’a toujours tourmenté!
- 26 J’espérais du bonheur, mais j’ai eu le malheur;
- j’attendais la lumière, et la nuit est venue.
- 27 L’émotion ne cesse de bouillonner en moi
- depuis que j’affronte cette vie de misère.
- 28 Je marche dans le deuil; pas de soleil pour moi!
- En plein public je lance des appels à l’aide.
- 29 Par mes lugubres cris, me voilà devenu
- compagnon des chacals et frère des hiboux.
- 30 Sur moi, ma peau noircit,
- au plus profond de moi, la fièvre me dévore.
- 31 Ma guitare ne joue que des airs pour le deuil,
- ma flûte ne soutient que le chant des pleureurs.